Samuel Rozenbaum, directeur musical & arrangements

À l’époque où sur son front se bousculaient ses cheveux, Samuel ne savait pas qu’il voulait être conteur. Il était de ceux qui pensent ne pas savoir choisir. Malgré un premier Walkman à l’âge de trois ans, un mange disque orange en guise de meilleur ami à l’école primaire, ou les dizaines de disques mensuels achetés dès l’adolescence, il voulait devenir volcanologue. Ou photographe. Ou producteur de films. Ou Dave Grohl.
Samuel a grandi, son front aussi, et une case après l’autre, il a coché la liste de ses envies. Ces quinze dernières années, il a voyagé en France et plus loin pour assurer des régies de spectacles et de séminaires ; il a pris un plaisir inouï à colorier les créations des autres en arrangeant des disques et des bandes originales de spectacles ; il a aimé observer le fonctionnement de chaque métier de l’animation en étant chargé de production pour un studio de dessin-animés ; il n’a eu de cesse d’imaginer et de réaliser affiches, pochettes de disques et clips pour des artistes qu’il affectionne. Et patiemment, il a corrigé le manuscrit de son premier livre et les brouillons de ses premières chansons aux côtés d’auteurs qu’il estime. Finalement, il a compris : ses prétendus non-choix n’étaient que des moyens détournés d’en arriver là. Il avait eu besoin de récolter toutes les clefs qui lui étaient utiles pour cerner l’art du récit. Samuel n’est pas indécis, il prend son temps.
Désormais, il sait. Il a pigé ce qu’il doit raconter, de lui-même et des autres. Tel un troubadour des temps modernes, un griot né en milieu urbain, il a appris de tout, un peu partout. Le voilà prêt.

Paris, le 14 janvier 2018.

Cher Laurent,

Depuis douze ans que nous nous connaissons, c’est devenu une coutume entre nous : quelques jours après la première d’un nouveau spectacle des Caramels fous, nous déjeunons ensemble et je me laisse aller à mon sport favori ; la critique. Parisien de naissance, j’excelle dans ce domaine, et avec toi, le cadre est idéal tant tu ne t’offusques jamais d’un avis tranché. 

Alors au cours des années, j’en ai profité. Je suis venu, j’ai vu et j’ai épilogué sur tout et surtout sur la musique. Je ne comprenais pas pourquoi vous délaissiez autant ce poste capital dans la création d’une comédie musicale. À chaque représentation, je redoutais la bande son. Elle m’éjectait hors de l’histoire. Je devais me battre en continu contre l’aspect synthétique et karaokesque des instruments, contre la piètre qualité des fichiers diffusés, contre les arrangements peu originaux. Mon plaisir était à chaque fois amoindri.
Et puis en 2015 j’ai découvert votre spectacle « Il était une fois complètement à l’ouest ». Et cette fois-ci, malgré la musique, j’ai embarqué comme jamais auparavant. Ému à la fois par les chorégraphies ambitieuses, les décors démesurés ou cette histoire intemporelle. Il ne manquait que des enregistrements de qualité pour faire de ce spectacle l’apothéose des Caramels. Alors je me suis mis à rêver. Rêver d’assister un jour à un spectacle de cette folle troupe où la bande son serait digne de l’investissement de la compagnie. Avec de vrais morceaux de musiciens à l’intérieur, avec de vrais instruments. Rêver, c’est déjà ça, mais je ne voulais pas en rester là, alors j’ai passé l’audition pour vous rejoindre. J’ai chanté, dansé, stressé et vous m’avez accepté, accueilli, adopté. Doucement, je me suis fait une place, d’abord en proposant à plusieurs membres de les accompagner à la guitare lors d’une fête interne, et puis un jour, je me suis vraiment lancé. J’ai dévoilé que je souhaitais m’occuper des arrangements musicaux du prochain spectacle.
J’ai eu carte blanche et des étapes à franchir. Toutes n’ont pas été simples. J’ai parfois eu à me battre avec le verbe pour convaincre, j’ai eu à faire des concessions tant je voulais plaire à tous. C’est qu’il n’est pas facile d’évoluer dans un environnement associatif, avec plus de vingt garçons à l’ego suffisamment développé pour souhaiter monter sur une scène. Alors oui, j’ai su me suis vexé d’un retour négatif (j’ai aussi des prédispositions pour ça), parfois j’ai boudé de ne pas recevoir autant de compliments que je ne l’espérais, souvent je me suis confié à Gaël, Amaury ou Jean-Phi qui m’ont patiemment écouté, écouté et écouté sans relâche. Et puis j’ai fini par comprendre ma chance. Je vivais en cinq dimensions une épopée incroyable. À constamment être tiré vers le haut par Stéphan, j’ai compris que les critiques n’étaient qu’une invitation à faire plus, à rêver mieux. Aux côtés des Caramels, j’ai autant appris le concept de famille que découvert à quel point une fantaisie idiote peut être le cygne d’une grande idée en devenir. Une création avec les Caramels, c’est un peu comme une de leurs histoires : épique. Il y a les embûches, les difficultés à dépasser, les mots un peu trop durs, ceux qu’il faudra regretter plus tard. Les rivières de transpiration, qu’elles soient dues au travail ou à la frousse, et l’amour. Et là, maintenant, à cet instant précis, je me sens affligeant d’en arriver à une conclusion si évidente et guimauve.
Si je te confie cette histoire, cher Laurent, c’est que j’ai le trac. Dans quelques heures les copains seront sur scène pour la première, et moi je serai enfoncé au plus profond de mon siège. Je n’ai pas l’habitude de m’exposer aux jugements, je ne fais que les prodiguer, et pourtant, ce sera maintenant à ton tour d’être le critique. C’est même peut-être pour que ce droit te revienne que tu as quitté la troupe quelques mois après mon arrivée. Alors, je n’ai d’autre choix que d’attendre notre déjeuner prochain dans un mélange d’anxiété et d’excitation.

Je t’embrasse,
Samuel.

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